Mathieu, le congé paternité

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Mathieu, j’ai 36 ans et je suis enseignant depuis 2009. Je suis professeur d’EPS. Avec ma conjointe, on a 3 enfants qui ont 7 ans, 3 ans et 2 mois pour le petit dernier. Pour la petite histoire, tous nos prénoms commencent par un M : Mathieu et Mylène, on a appelé nos enfants Maël, Martin et Marceau.

Quel est pour vous le principe d’un congé paternité ?

Pour moi, le principe est simple et fondamental : être capable de créer du lien rapidement avec son enfant, comprendre ses besoins et pouvoir y répondre autant que la maman, ou en tout cas être en mesure tous les deux de répondre à ses besoins. C’est vraiment important. Nous partons à compétences égales à la naissance d’un enfant sur la façon de s’en occuper, mais si dès le départ, on ne prend pas sa place de père alors on peut vite avoir tendance à laisser la maman tout faire. L’écart peut se créer dès la maternité (lors du premier bain par exemple). Il est possible d’avoir un peu peur au début et d’être sur la réserve, au risque que les compétences construites se creusent entre le papa et la maman. Si quelque chose ne va pas, on ne saura alors pas forcément quoi faire pour les besoins de son enfant.

D’ailleurs, je remercie ma conjointe de m’avoir toujours laissé ma place, même quand j’avais peur et l’impression qu’elle savait mieux faire. Même si elle était plus à l’aise que moi pour changer les couches et donner les biberons, en quelques semaines, c’était bon pour moi !

Dans quel état d’esprit étiez-vous à l’approche de vos congés paternité ?

Dans un excellent état d’esprit : enthousiaste, vraiment impatient de le découvrir, de profiter ! Au fur et à mesure que mes enfants naissent, j’étais forcément beaucoup plus à l’aise. Pour le premier, j’étais impatient et j’avais hâte de découvrir comment tout allait se passer. Au 3ème, je n’avais plus du tout envie d’aller bosser ! Tout s’est passé vite pour le premier, il y a quand même une différence entre les 14 et les 28 jours.

Pour le premier, j’étais content de retourner au travail pour raconter aux gens, alors que pour le dernier, pas du tout ! Je n’avais qu’une envie, c’était de passer du temps avec ma famille et de profiter.

Avant de poser les semaines de mon congé paternité, on avait déjà bien réfléchi... En tant que professeur, j’essayais de les poser autour des vacances pour que ça fasse un temps plus long avec ma famille, surtout afin de retrouver un équilibre au sein de la famille et du couple.

Pour le premier, nous avons été beaucoup déstabilisés, les deux autres moins parce qu’on savait déjà à quoi s’attendre. Pour le premier, nous avons quand même souffert un peu, ça n’a pas été facile. Peut-être que si le congé paternité avait été plus long pour le premier, ça se serait un peu mieux passé.

Pour vos premiers enfants, vous avez fait 2 congés paternité de chacun 14 jours, comment les avez-vous vécus ?

Les deux premiers congés paternité se sont très bien passés avec Maël et Martin. Ils sont tous les deux nés autour des vacances d’avril, on a eu la chance de pouvoir caler les congés paternité avec les vacances de pâques, ce qui nous a permis d’avoir un temps plus long ensemble. Je les ai trouvés tout de même un petit peu court, notamment pour le premier. Pour le deuxième, on avait plus le temps et on était plus sereins aussi. Je pense que c’est la grosse différence. Pour le premier, j’aurais eu besoin de plus de temps je pense. 

Récemment, la durée du congé paternité est passée à 28 jours. Que pensez-vous de cette augmentation ?

C’est vraiment une excellente chose. Déjà d’un point de vue idéologique, accorder une place plus importante au père dans l’éducation et dans l’implication d’un enfant qui naît est vraiment essentiel. Ça doit vraiment être quelque chose de partagé : nous on envisage ça comme du 50/50. On est vraiment une équipe : quand l’un fait quelque chose, l’autre fait autre chose, on se relaie, on s’entraide. Ce n’est pas elle qui fait et moi qui l’aide, non pas du tout. C’était vraiment très partagé. C’est ce qui fait une force dans notre couple. Même si ça a été difficile après le premier, on a réussi à retrouver un équilibre. Et à partir de ce moment-là, ça a vraiment été un kiff total !

L’allongement du congé paternité montre qu’on a compris et qu’on a conscience que la place du père est essentielle. Si ce congé allongé soulage la pression que peuvent ressentir les mères, c’est aussi très important. On a bien conscience que « les mères doivent être de bonnes mères », elles ont la pression pour ça, alors qu’un père qui s’implique est un peu adulé. Ce n’est pas normal selon moi. Allonger le congé paternité afin que le père s’impliquer davantage permet d’équilibrer le tout, c’est ma vision des choses. Ce n’est pas la mère qui doit tout faire, et le père qui fait de temps en temps… Ce qui est encore le cas d’ailleurs, toutes les études à ce sujet le montrent : même si les nouveaux pères s’impliquent davantage, ça reste la mère qui fait plus.

Ça me semblait donc fondamental que le congé paternité soit allongé, et que les pères en profitent pour embrasser ce temps pour construire des choses avec leur enfant et construire un équilibre dans le couple.

Depuis ce changement, vous êtes de nouveau devenu papa. Comment avez-vous vécu votre dernier congé paternité ? Quelles sont les différences principales dues à cette nouvelle durée ?

Cette question me fait sourire parce qu’il était tellement long que j’ai eu du mal à le placer en entier, à le caler pour la fin d’année ! C’était vraiment génial, sauf qu’à la fin de l’année, quand on est professeur, on a tous les conseils de classe. Ce n’était pas évident de tout caler. On a pris le temps de bien réfléchir, et nous avons pu déménager avec beaucoup moins de pression à la suite de ma mutation. On a pu passer des moments en famille à 5 et faire des visites pour notre future maison.

Sans parler du temps que j’ai pu avoir pour profiter du petit, car quand les deux plus grands rentraient, c’était assez dynamique ! Nous nous sommes recalés sur les biberons, les couches… c’était beaucoup plus simple.

C’était plus un rééquilibrage en 5 semaines qui s’est vraiment bien fait. Je pense que l’allongement du congé paternité est encore plus fondamental pour le premier enfant. Ça l’est toujours pour les autres, mais au premier on a tellement de choses à apprendre.

Avez-vous envie de voir évoluer les lois sur le congé paternité en France ? Si oui, comment ?

On a déjà fait un bon pas en avant avec l’allongement du congé paternité. Mais pour moi, il faut aller plus loin ! On peut le rallonger encore, comme dans les pays nordiques. Le temps passe tellement vite, l’enfant grandit tellement vite dans sa première année de vie, il faut en profiter au maximum. Ne serait-ce que pour lui, pour construire des bases solides ou pour son couple, c’est vraiment important de pouvoir augmenter ce temps-là.

On verrait alors plus d’organismes prévus pour les pères, des petites sorties en poussette, des rassemblements de pères qui voudraient discuter… ça ne se fait pas du tout et c’est dommage parce qu’on a quand même besoin d’aide, d’être accompagné, on ne sait pas tout. On ne se positionne pas comme une maman donc on a aussi des besoins spécifiques. Mettre ça en place serait une véritable aide je pense.

Est-ce que votre partenaire a vécu ce congé différemment elle aussi ? Sur quels points étaient ces différences ?

Effectivement elle a vraiment vécu ça différemment. Quand on regarde le premier congé paternité par rapport au dernier, ça n’a vraiment rien à voir. La plus grosse différence c’est que pour le premier, elle a eu une épisiotomie qui a été très douloureuse et le dernier, l’accouchement s’est très bien passé. Si j’avais pu être davantage présent lors du premier, ça aurait vraiment été une bonne chose pour elle, pour sa santé et pour sa récupération.

Pour le dernier, ce qui a vraiment changé aussi, c’est que c’était un peu plus équilibré dans la répartition des tâches, et le fait que je sois plus présent. Elle a eu beaucoup plus de temps pour elle, déjà pour récupérer, et aussi pour profiter de son entourage, de faire des activités (soins, massages etc.) pour bien récupérer et se sentir bien rapidement. C’est vraiment ce point-là qui a fait une grosse différence par rapport au premier congé paternité.

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